Saturday, February 4, 2012

Petit résumé de l’histoire du whisky au Japon


The stills at Yoichi

Nonjatta editor`s note: Thierry Henrard contacted Nonjatta from Belgium to ask if he could use some of the information on the site as the basis for a French-language piece on the history of Japanese alcohol. Not everybody does ask before they take, so Thierry`s approach was really appreciated. But his generosity went further. He has allowed me to post his piece on Nonjatta for any French speakers interested in the topic.

Petit résumé de l’histoire du whisky au Japon. 

L’histoire du whisky au Japon est assez liée à l’histoire même de ce pays.

Si on ne prend en compte que les versions officielles de Suntory ou Nikka (respectivement les deux plus gros groupes de distilleries au Japon), l’histoire du whisky japonais a démarré dans un « big bang » en 1919 ou 1924. Tous deux ont une version un peu différente de cette histoire, chacun mettant en avant le rôle joué par Masataka Taketsuru ou Shinjiro Torii. Masataka Taketsuru fut le premier Japonais à partir en Ecosse pour y étudier les secrets de la fabrication du whisky authentique. Shinjiro Torii quant à lui était propriétaire d’une société importatrice de whisky.

Mais ils sont globalement d’accord que tout à coup, sortant du grand bleu, le Japon a commencé à produire son propre whisky de style Ecossais.

Ce n’est sans doute pas aussi simple que ça. Et même si quasiment aucune référence ne peut être retrouvée concernant la production de whisky pendant l’époque Edo (voir ci-après), il est à parier que le whisky n’était pas totalement inconnu au Japon.

Sans vouloir faire ici un long cours d’histoire, voici quelques périodes importantes du Japon et du whisky japonais.

• 1603-1867, époque EDO: Le gouvernement fut établi à Edo, le Tôkyô d'aujourd'hui, par TOKUGAWA. En 1633, tous les ports furent interdits aux étrangers sauf Nagasaki où les Hollandais et Chinois eurent une présence limitée. Mais vers la fin du XIXe siècle, le caractère dépassé du système féodal apparut clairement face au développement de l'économie et du commerce des pays étrangers.
Le whisky, ou plutôt whiskey, est arrivé au Japon en même temps que l’ouverture de ce pays à l’ouest. En 1854, le commodore Perry de la marine américaine força - avec sa flotte - les Japonais à marchander. Cette rencontre soudaine avec l'ouest et ses technologies avancées mena le shogunat à sa perte.
Il est à noter que le Commodore Perry avait amené avec lui un fût de whiskey Américain et 110 galons (plus ou moins 416 litres) additionnels de whiskey afin de les offrir à l’empereur et ses sujets. Fût qui par ailleurs fut volé par des serviteurs du Shogun et qui n’arriva donc jamais au destinataire ! 
Le Japon moderne :

• 1868-1912, époque MEIJI: du nom de l'empereur. C'est un gouvernement constitutionnel qui propulsa, avant la fin de la période, le Japon vers la réussite de sa révolution industrielle. Le pays commence à s'immiscer dans l'Asie continentale en gagnant la guerre contre la Russie (1896) puis la Chine (1905). 
• 1912-1926, époque TAISHÔ: du nom de l'empereur. Ce dernier possède les pleins pouvoirs et son fils Hirohito lui succède avant sa mort en 1921. Le Japon continue son développement.
Durant ce demi-siècle obscur entre ce premier contact de 1854 et les années 1920, de nombreux Japonais (et, peut-être, des étrangers) se sont essayés à la production de whisky, au sens large du terme. En effet, certaines entreprises assez grandes semblent avoir pénétré le marché. Olive Checkland, dans son livre Japanese Whisky, Scotch Blend, a écrit:
« Les liqueurs étrangères sont connues au Japon comme« Yoshu ».... En général, les fabricants de spiritueux ont émergé au Japon grâce aux chimistes travaillant dans la boutique de pharmaciens. En 1871, l'usine Anglaise à Yamashita de Yokohama a tenté sa propre fabrication de «Yoshu » . Plus tard, Karakichi Takiguchi expérimenta la production de spiritueux dans sa propre pharmacie à Takekawa-cho, Itabashi-ku, Tokyo. En 1912, lorsque l'empereur Meiji est mort, il y avait plusieurs sociétés de fabrication de spiritueux. » (P.31)
Etant jeune, Shinjiro Torii a travaillé avec Konishi, producteur de boissons étrangères à Osaka. Dès 1888, Konishi a fabriqué et a vendu du "whisky" ainsi que de la bière et du cognac. La société Konishi d'aujourd'hui, est plus célèbre pour sa production de colle ! Son histoire fait penser aux premiers jours de la production de liqueur de l'Ouest et il y a des raisons de croire que certains de ces whisky produits par ces pionniers pourraient avoir plus en commun avec une colle qu'un bon whisky !
Checkland décrit le premier emploi de Masataka Taketsuru, comme chimiste pour le grand producteur d'alcool Settsu. Il était impliqué dans la production de «spiritueux artificiels » ... et mélangeait judicieusement un large éventail d'alcools, de sucres, de parfums, d’épices et d’arômes… Sans commentaires !!!
Il y avait des importateurs de whisky, mais il y avait aussi beaucoup de produits de synthèse se faisant passer pour du vrai whisky japonais. La première apparition de Shinjiro Torii : la marque légendaire « Torys » est apparue vers 1919 sur une bouteille de "Finest Liqueur Old Scotch Whisky» («liqueur» était parfois utilisé comme synonyme de «blended» à cette époque). L'étiquette dit qu'il avait été mis en bouteille par la « Distillerie Torys ». C’était avant qu’une véritable distillerie japonaise n’ait été construite.
En octobre 1923, un mois après le grand tremblement de terre, qui a annihilé Tokyo et Yokohama causant la perte de plus de 140.000 vies, Shinjiro Torii acheta des terres entre Osaka et Kyoto pour construire la première distillerie du Japon : Yamazaki. C’est avec Yamazaki et son premier manager, Masataka Taketsuru, que l’histoire officielle du whisky Japonais commença. En 1934, Taketsuru quitta Suntory (appelée à l’époque Kotobukiya) et bâtit sa distillerie à Yoichi. Il fonda la société Nikka, qui devint vite le concurrent principal de Suntory.
• 1926-1945 et 1945-1988, époque SHÔWA: La première partie a consisté en la prise de pouvoir par les militaires et leur intransigeance. Cela a valu au Japon une défaite cuisante avec la fin de la seconde guerre mondiale et les deux bombes atomiques, pour cependant mieux se relever dans la seconde partie en adoptant une constitution démocratique. L’empereur est devenu un symbole de la nation mais sans aucun pouvoir. Le Japon a su profiter de la force de son peuple au travail pour se hisser au rang de deuxième économie mondiale derrière les Etats-Unis, avant d'être dépassé au début du nouveau millénaire par la Chine.
Les forces armées impériales japonaises buvaient du whisky en quantité massive dans les années 1930 et 40. Dans la Marine impériale, il avait une place semblable à celle du rhum dans la marine britannique. Alors que le conflit supprimait toute possibilité d'importer des boissons, les producteurs de whisky japonais ont été chargés d’étancher cette soif. Ils ont reçu le statut de fournisseur militaire et donc eurent un accès prioritaire au carburant, à l’orge et autres nécessités. La distillerie Yoichi fût désignée par la Marine Impériale comme une « installation navale ». On ne sait pas dans quelle mesure les distilleries ont été utilisées à d'autres fins telles que la production de carburant à base d’alcool, mais le whisky a été produit et il est juste de dire que « whisky » et « forces armées » étaient à peu près synonymes durant cette période.
L'industrie du whisky japonais n'existerait probablement pas à la même échelle comme elle l’est maintenant, sans son lien militaire. Pour comprendre l'importance d'avoir «un accès prioritaire au carburant, à l’orge et autres nécessités », vous devez savoir que dans la dernière partie de la seconde guerre mondiale, les gens étaient si pauvres et si démunis, qu’ils mangeaient pour ainsi dire les mauvaises herbes. D’aucune manière un produit de luxe comme le whisky n’aurait été autorisé à perdurer sans son patronage militaire.
Le deuxième plus grand producteur, Nikka, était dans une situation particulièrement vulnérable quand les tambours de guerre ont commencé à se faire entendre. Leur usine de Yoichi avait seulement commencé la distillation dans le milieu des années 1930 et, presque immédiatement, le Japon s'est lui-même trouvé en proie à la guerre. Les nouveaux producteurs de Whisky sont toujours vulnérables dans leurs premières années, car ils cherchent à établir des marchés et leurs produits doivent attendre d’avoir un certain âge avant d’être commercialisés.

Un autre homme a marqué l’histoire du whisky japonais : Keizo Saji (1919-1999). Saji était le 2e fils de Shinjiro Torii et est devenu président de la compagnie de son père, Kotobukiya, en 1961. Il l'a rebaptisé Suntory en 1963 et sous lui la firme s’est développée pour devenir le colosse qu'elle est aujourd'hui.
Dans les années 1970, le monde du whisky a connu un boom au Japon et à l’époque, il n’y en avait que pour les blends et les cocktails de whisky. Les Japonais de l’époque ne faisaient guère la distinction entre un single malt et un blend, pensant qu’acheter un Johnnie Walker de base était ce qu’il y avait de meilleur. Ils y rajoutaient d’ailleurs un demi seau d’eau et des glaçons!
Au milieu de toute cette consommation abusive d'alcool, Saji a acquis la conviction que le marché finirait par se développer dans la direction de produits haut de gamme. Il a commencé à produire le "Hibiki" la marque d’un blend de qualité supérieure, et tranquillement a commencé à préparer la gamme de Suntory à la production de « premium single malts ».
En 1984, a été lancé le premier « Yamazaki 12 ans » afin de toucher le public de masse. La distillerie a été largement modifiée 5 ans plus tard, et cet investissement paya en 2003 quand le Yamazaki 12 ans obtint une médaille d’or lors du concours « International Spirits Challenge ». Au même moment, le rival de toujours de Suntory, Nikka, fit aussi grandement parler de lui au niveau international.
Mais Saji et Suntory, peuvent se targuer de dire qu’ils ont très largement contribués au lancement des single malts Japonais dans le monde entier. 
• 1989- de nos jours, époque HEÏSEÏ: L'empereur Akihito succède à son père. Le Japon adopte le mode de vie occidental au fur et à mesure de la hausse de son niveau de vie considéré comme le plus élevé au monde. Le haut niveau d'hygiène et un taux de criminalité excessivement bas en font un pays remarquable.

Les whisky japonais de nos jours ont fort évolués. Ils ont atteint une telle qualité qu’ils concurrencent directement les whisky écossais et irlandais, et même au regard des médailles obtenues, les dépassent !
« Whisky Magazine » en 2011 a publié les résultats d’un concours organisés par ses soins.
Le prix du meilleurs whisky single malt au monde a été décerné au « Yamazaki 1984 » (comptez entre 500€ et 600€ la bouteille !), le prix du meilleur pure malt a été décerné au « Taketsuru 21 ans » (comptez aux alentours des 100€ la bouteille) et le prix du meilleurs blend au monde a été décerné à « l’Hibiki 21 ans » (comptez aux alentours des 140€ la bouteille) !
Notez qu’aucun whisky Ecossais ou Irlandais n’a obtenu la palme dans ces 3 catégories les plus convoitées… 
Pour en savoir plus sur les whisky japonais, je vous recommande les sites web suivants :

http://nonjatta.blogspot.com 
http://www.suntory.com/ 
http://www.nikka.com/eng/




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